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L'instruction peut-elle se faire sans éducation ?

Auteur
Yann Lebatard
Professeur de philosophie
Sommaire

Instruction ≠ éducation
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La distinction entre instruction et éducation est riche de sens et n’est pas sans soulever de nombreux problèmes idéologiques et politiques. Plutôt que de rentrer dans toute la complexité de ces derniers siècles républicains, je vous propose la distinction suivante :

  • L’instruction représente la tâche qui est confiée aux aînés de permettre aux jeunes qui leur sont confiés d’acquérir des connaissances sur le monde et sur eux-mêmes. L’instruction vise donc la transmission du savoir acquis par l’intermédiaire de leçons bien structurées. Elle vise la formation de l’intelligence.

  • L’éducation représente une tâche plus subtile qui demande beaucoup de bienveillance et de délicatesse pour porter de bons fruits. Elle vise à faire grandir les vertus morales et intellectuelles des personnes. Elle encourage par exemple par des exercice à acquérir plus de courage, plus de persévérance et de patience. Elle ne saurait se réaliser sans une profonde finesse d’esprit de la part de l’éducateur pour pouvoir accueillir la diversité des jeunes qui lui sont confiés. Pour résumer, l’éducation vise la formation de la volonté, en faisant son possible pour que cette volonté devienne une bonne volonté.

Il me semble important aussi de considérer que l’éducation doit contribuer à fortifier également la capacité que les jeunes ont d’écouter ce que leur dit leur cœur. Cette écoute intérieure est essentielle pour fortifier en eux leur liberté intérieure. Sans ce sens de l’écoute, il est facile de se laisser séduire par l’illusion romantique qui consiste à croire que le cœur se confond avec les sentiments immédiats ou les émotions immédiates. Or les sentiments réels du cœur ne se manifeste pas dans le tumulte des passions mais bien plutôt par l’intermédiaire d’une brise légère rafraîchissante.

Le consentement du cœur n’est pas le consentement sentimental ou émotionnel
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Avec Dietrich von Hildebrand, nous avons vu que notre cœur ne se réduit pas à notre sensibilité. Le cœur est une faculté intellective particulière qui se distingue de l’intelligence et de la volonté et qui a pour rôle d’unifier toutes les facultés de notre être. Cette faculté intellective permet d’entendre la petite voix de notre conscience qui nous incite au bien et murmure contre le mal. Seul l’amour véritable fortifie notre cœur comme la rosée du matin abreuve les jeunes pousses des arbres. Dans la tradition fidèle à Thomas d’Aquin, on parle de syndérèse plutôt que du cœur, mais il s’agit de la même fonction de l’intelligence qui consiste à être ouvert au bien.

Pour mieux comprendre ce qu’est le cœur ou la syndérèse, je vous recommande donc de bien lire les deux articles suivants :


Éducation réelle ≠ fabrique du consentement
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Malheureusement, l’éducation a souvent été envisagée dans le passé mais parfois aussi encore aujourd’hui, dans différents pays, dont le nôtre, comme un procédé faisant partie intégrante de ce que l’on peut appeler la fabrique du consentement. Le but de l’éducation n’est plus alors de viser le développement des vertus morales mais le dressage de la population en faveur d’une élite qui se croit supérieure en dignité à ceux qu’elle devrait pourtant protéger.

C’est pourquoi il est si important de connaître les penseurs qui sont à l’origine de cette manière de subjuguer les masses que l’on appelle la fabrique du consentement. Je vous recommande donc la lecture attentive de ces trois article :




Une bonne partie des malheurs de nos pays vient de cette corruption idéologique de l’éducation pensée comme un moyen pour assouvir une soif de pouvoir désordonnée qui habite de nombreuses « élites » à travers le monde.

Enfin, il ne faut jamais oublier que les premiers éducateurs sont les parents et qu’on ne saurait éduquer ensemble les jeunes qui nous sont confiés sans d’abord et avant tout respecter leurs parents. Certes, certains parents sont parfois de mauvais éducateurs pour leurs enfants, mais il faut être prudent dans la manière d’accompagner alors leurs enfants. Ce n’est pas forcément en dévalorisant ce genre de parents, que les jeunes seront forcément protégés. L’intelligence de chaque situation est requise, et la bienveillance manifeste indispensable.

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